UN PREMIER ESSAI ECRIT AVEC L’IA

A propos de « Hypnocratie » de Janwei Xun (Philosophie magazine Ed 2025)

Au printemps 2025 paraît un petit ouvrage au ton tonitruant : «  Hypnocratie » (sous-titre : « Trump, Musk et la fabrique du réel »)[1]. C’est un réquisitoire, en 20 courts chapitres du pouvoir exorbitant que les leaders de la Tech sont en train d’acquérir grâce au numérique. Les réseaux sociaux, l’IA inondent le monde et parviennent à façonner les consciences (d’où la notion de pouvoir obtenu par hypnose). Les individus ne peuvent plus faire la distinction entre les contenus véhiculés par le numérique et la réalité, d’où le développement des infox. Pas de références ni de bibliographie, mais une analyse poussée et évocatrice des méfaits des algorithmes. Une pierre de plus, dans la lignée de la littérature post-moderne, dans le jardin des patrons trumpistes actuellement sur le devant de la scène. Renseignement pris, l’auteur serait un philosophe hongkongais vivant à Berlin.

Dans la postface, le philosophe italien A. Colamedici dévoile la vérité : Jiang Wei Xun n’existe pas, le livre résulte d’un long dialogue avec l’IA (Claude Sonnet[2] en l’occurrence). C’est une coproduction totale, montrant, selon ce dernier, d’une part la facilité avec laquelle on peut manipuler l’opinion si l’on sait s’y prendre, d’autre part le fait que l’IA n’est pas qu’un outil mais peut réellement fournir des idées, des analyses, des réactions. Selon lui, il va falloir s’habituer à ces nouvelles frontières de la « paternité » d’une œuvre, et ne pas rêver d’un retour en arrière. De même, cette toute-puissance des géants du numérique peut difficilement être combattue, selon A. Colamedici. Seule une résistance informelle, par l’usage qu’on peut faire – ou non – de ces technologies peut permettre d’en limiter l’influence.

Un ouvrage (et les entretiens donnés par son « éditeur »)qui permet de poser de nombreuses questions sur le rôle de l’IA dans la production académique et qui ouvre des débats essentiels. Et qui ne font que commencer.


[1] Publié par « Philosophie Magazine », initialement rédigé en italien par un « Chinois » de Berlin !

[2] https://claude.ai/

Yves-Frédéric LIVIAN

Professeur émérite de sociologie