Pour des relations mutuellement bénéfiques entre les universités et les milieux économiques

Il y a plusieurs années, je rencontrai la rectrice d’une université d’une grande ville et elle m’avoua qu’elle avait trop peu de contacts avec les milieux économiques de celle-ci. Je lui répondis qu’il fallait monter un plan stratégique au moins sur cinq ans pour obtenir les résultats escomptés. Elle me déclara que son mandat s’arrêtait dans deux ans  …  je soupçonne qu’elle espérait que je lui offre une « baguette magique » !

En effet, monter des partenariats efficaces est une tâche de longue haleine. Car il ne s’agit pas seulement de monter des partenariats aux bénéfices des universités, mais de mettre sur pied un véritable écosystème gagnant-gagnant comme moteur d’innovation sur tout un territoire. Bien évidemment, le contexte varie entre une université de sciences et technologie et une université de sciences humaines et sociales.

Pour une université, les bénéfices sont les suivants en montant un vivier d’entreprises :

  • faciliter l’emploi des jeunes diplômés, et pour les stages en entreprises ;
  • inviter des professionnels qui puissent faire part de leur expérience aux étudiants ;

organiser des rencontres régulières où les laboratoires exposent leurs trouvailles aux industries locales, par exemple une fois par an ;

  • inciter des enseignants-chercheurs à travailler avec des entreprises comme consultants voire même à  y effectuer des séjours de plusieurs mois ;
  • proposer des modules de formation continue pour les salariés des entreprises ;
  • faciliter l’hébergement de start-ups ;
  • promouvoir l’innovation, l’esprit d’entreprise et la créativité ;
  • etc.

Pour atteindre de tels objectifs, les phases sont les suivantes, tout en sachant que beaucoup d’entreprises n’attendent pas grand-chose des universités, voire ont des appréhensions de collaborer avec elles :

  • rencontrer les responsables des chambres de commerce et d’industrie pour déterminer les points forts communs et des axes de collaboration les plus porteurs ;
  • s’appuyer sur les anciens élèves et repérer ceux exerçant des responsabilités et leur proposer des partenariats ;
  • demander à des entreprises de parrainer certaines promotions ;
  • inviter les entreprises susceptibles d’être intéressées à des préparations de travaux de fins d’études ; une solution est d’organiser un concours dans les seuls juges seront des industriels :
  • nommer plusieurs industriels dans les organes de gouvernance de l’université ; rappelons que dans certaines écoles d’ingénieurs, la moitié des membres des conseils d’administration sont des personnalités provenant des milieux économiques ;
  • etc.

Sur ce dernier point, une fois on m’a rétorqué que la loi sur les universités locales limitait le nombre de personnalités extérieures. Pour pallier cet écueil, on peut toujours monter un conseil de perfectionnement lequel examinera l’adéquation de certaines formations d’enseignement voire de recherche aux besoins économiques locaux. Eventuellement, on pourra également créer de telles structures au niveau des facultés. A titre d’exemple, j’ai connu une faculté d’informatique dont le conseil de perfectionnement est composé d’un tiers de personnes provenant de grandes sociétés d’informatique, un deuxième tiers de sociétés de services travaillant dans les TIC, et le troisième de gros utilisateurs. À contrario, une faculté d’architecture n’avait qu’un seul professionnel dans son conseil, lequel a démissionné faute d’écoute et se sentant utilisé comme simple alibi. Un bon équilibre est à trouver.

Cependant, certaines relations peuvent se révéler fragiles. En effet, il suffit d’un changement de stratégies du partenaire industriel, le départ d’un responsable très favorable, voire une maladresse d’un étudiant pour démolir un partenariat. Et tout est à recommencer !

Pour conclure ce texte, il est indispensable que les universités se dotent de stratégies de rapprochement avec les industries et les milieux économiques, non pas au seul profit des établissements d’enseignement supérieur, mais aussi de celui des entreprises, et par conséquent de la région. Et c’est la qualité de ces relations et de ces partenariats qui permettra de constituer un écosystème mutuellement bénéfique. USF peut vous aider. Nous contacter.

Robert Laurini

Rédacteur-en-chef Professeur émérite en informatique