IA, atrophie cognitive et mythe de Theuth

De plus en plus d’étudiants utilisent l’intelligence artificielle générative, souvent dans la clandestinité pour divers travaux universitaires. Si la recherche d’information, des demandes d’éclaircissement de concepts et de traduction de quelques mots sont acceptables, en revanche la rédaction complète est une fraude manifeste. Diverses études ont montré que cette attitude conduit à une atrophie cognitive : en effet, le coupable est souvent incapable de résumer sa pensée ; en d’autres termes, il recevra peut-être une bonne note s’il n’est pas découvert, mais n’aura rien appris. Une étude a aussi montré que 83 % des utilisateurs d’IA étaient incapables de se souvenir d’un passage qu’ils venaient d’écrire pour un essai. De plus, selon une autre étude, utiliser un chatbot pour écrire un essai réduirait l’engagement cognitif et l’effort intellectuel nécessaire pour transformer une information en connaissance. D’autres travaux montrent que le gain individuel peut être important quand des auteurs demandent à ChatGPT d’améliorer leurs textes, mais que la créativité globale du groupe diminue[1]. Bref, on aurait affaire à un nouveau type de paresse intellectuelle.

Rappelons qu’il existe deux types d’étudiants, ceux qui viennent chercher un diplôme et ceux qui veulent acquérir des compétences.

Dans un ouvrage de Platon, est présenté le mythe de Theuth[2]. Sans entrer dans le détail[3], il évoque les conséquences de l’invention de l’écriture, craignant qu’elle ne conduise à une atrophie de la mémoire et à une illusion du savoir. Mais force est de constater que les conséquences ont été positives pour l’humanité.

Deux millénaires et demi plus tard, alors que l’intelligence artificielle générative bouleverse nos pratiques éducatives, cette mise en garde résonne avec une actualité saisissante. Et le parallèle avec l’invention de l’écriture peut être source de réflexion.

Dès lors deux points de vue s’affrontent : les pessimistes y voient une baisse des capacités cognitives, tandis que les optimistes y voient un amplificateur du raisonnement humain. L’avenir nous le dira.


[1] https://www.polytechnique-insights.com/tribunes/neurosciences/ia-generative-le-risque-de-latrophie-cognitive/

[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Mythe_de_Theuth

[3] https://theconversation.com/lia-dans-lenseignement-superieur-les-lecons-de-platon-et-du-mythe-de-theuth-244894 Voir aussi https://www.innovation-pedagogique.fr/article21227.html

Robert Laurini

Rédacteur-en-chef Professeur émérite en informatique