L’IA, nouvelle arme de triche ou moteur de transformation des examens ?

L’étude réalisée par Ipsos pour la plateforme d’évaluation en ligne Theia[1], qui a été menée du 25 mars au 3 avril 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 jeunes âgés de 18 à 25 ans en France, montre à quel point l’intelligence artificielle s’est ancrée dans le quotidien des étudiants.

Dans le détail, 80 % des répondants déclarent utiliser une IA générative au moins une fois par semaine, tandis que 41 % y ont recours tous les jours. Parmi les hommes de 18 à 19 ans, 55 % déclarent utiliser ces outils chaque jour.

Cette généralisation des usages dépasse largement le cadre strictement scolaire pour toucher la vie personnelle et professionnelle. L’enquête démontre que cette évolution transforme radicalement leur vision de l’apprentissage, car 77 % estiment qu’il faut désormais apprendre différemment, en privilégiant le raisonnement, l’analyse et la capacité à croiser les informations plutôt que la simple mémorisation.

L’IA devient un outil de travail… mais aussi de triche

L’étude met également en lumière un phénomène déjà bien installé au sein des établissements, à savoir l’utilisation de l’IA pour contourner les règles d’évaluation. Plus d’un jeune sur deux, soit 54 %, reconnaît l’avoir déjà utilisé pour tricher lors d’un devoir maison ou d’un examen. Cette pratique concerne tout particulièrement les étudiants, dont 59 % admettent avoir déjà utilisé ces outils de manière frauduleuse, les hommes se révélant également plus nombreux à reconnaître ces usages.

Des examens jugés non adaptés

Cette transformation profonde des usages s’accompagne d’une remise en question sans concession du système d’évaluation. Selon l’enquête, 63 % des jeunes considèrent que les examens ne reflètent pas fidèlement leur niveau réel. De plus, 58 % des interrogés estiment qu’être diplômé n’est plus indispensable pour réussir professionnellement, ce qui traduit une certaine défiance de la valeur des diplômes, sans pour autant remettre en cause l’intérêt même des études.

Pour rendre les examens plus justes, plusieurs pistes sont largement plébiscitées par les sondés : 86 % souhaitent des sujets évaluant davantage le raisonnement et la démarche intellectuelle, 82 % soutiennent le renforcement du contrôle continu, 78 % se positionnent en faveur des examens avec ressources autorisées, et 74 % préfèrent former les étudiants à utiliser l’IA plutôt que de l’interdire.

Malgré cette volonté forte de modernisation, les jeunes restent attachés à certains repères traditionnels puisque 85 % jugent indispensable qu’un humain continue de corriger les copies, notamment dans les matières exigeant de l’analyse ou du jugement. Les critères considérés comme les plus importants pour garantir l’équité d’un examen restent également très classiques, reposant sur des conditions de passage identiques pour tous, des examens en salle surveillée, la transparence des barèmes, l’anonymat des copies et la lutte contre la fraude.

Les devoirs sur ordinateur perdent en crédibilité

L’étude souligne également une forte défiance envers certains formats d’évaluation, particulièrement depuis l’essor de l’IA générative. Les devoirs sur table et sur papier restent largement considérés comme les plus fiables pour refléter le niveau réel des élèves, 69 % des jeunes les plaçant parmi les formats les plus pertinents, juste devant les oraux qui récoltent 64 % d’avis favorables.

L’enquête d’Ipsos met finalement en évidence une attente forte chez les jeunes, qui ne réclame pas la disparition des examens traditionnels, mais exige des évaluations mieux adaptées à l’IA qui fait désormais partie intégrante du quotidien.

Et les examens oraux ?

Dès lors, de nombreux enseignants optent pour organiser les contrôles de connaissances sous forme orale malgré la surcharge de travail ; tout de suite on voit si l’étudiant maîtrise bien les connaissances acquises.

Mais, depuis peu, émerge une nouveauté, à savoir comment s’appuyer sur l’IA pour préparer un oral[2].

En effet, 80 % de la réussite à un oral se joue dans la préparation, pas uniquement le jour J. Le problème, c’est que la plupart des étudiants révisent leurs oraux comme des écrits — en relisant leurs fiches. Un oral se prépare en parlant, en se faisant questionner, et en structurant sa pensée à voix haute. L’IA peut devenir un partenaire d’entraînement disponible 24h/24. De manière générale, pour tout oral, on peut structurer les réponses avec la méthode STAR[3] :

  • Situation : poser le contexte,
  • Tâche : quel est le problème ou la question,
  • Action : qu’est-ce qui proposé / démontré,
  • Résultat : quelle conclusion ou quel impact.

En fin de compte, l’IA pousse à redéfinir les examens et les contrôles de connaissance, car les écrits produits par les étudiants perdent en crédibilité. La piste des oraux semble être une voie intéressante, d’autant plus que des outils bâtis sur l’IA permettent aux étudiants de se préparer à de telles épreuves.


[1] https://www.theia.fr/etude-ipsos-bva-theia-jeunes-examens-ia/

[2] https://innovaweb.fr/fr/blog/preparer-oraux-examens

[3] https://cparfey.fr/wp-content/uploads/2025/10/methode-star.pdf

Robert Laurini

Rédacteur-en-chef Professeur émérite en informatique
Picto

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